« On veut utiliser Claude chez nous » : la question piège
Quand un dirigeant dit « on veut utiliser Claude », il confond l'outil et le problème. Voici pourquoi cette phrase tue 90% des projets IA.
Cette phrase, je l'entends une fois par semaine. Parfois deux.
« On veut utiliser Claude chez nous. » Ou ChatGPT. Ou Gemini. Peu importe le nom. Le schéma est toujours le même : un dirigeant a vu une démo, lu un article, ou entendu un concurrent en parler. Il arrive avec une conviction : l'outil est la réponse.
Mais la réponse à quelle question ?
Le problème avec la question
Dire « on veut utiliser Claude » c'est comme dire « on veut utiliser un IRM ». Un IRM ne soigne personne. C'est un outil de diagnostic. Sans médecin pour interpréter l'image, sans hypothèse clinique pour guider l'examen, un IRM est une machine à 3 millions d'euros qui produit de jolies photos.
Claude, ChatGPT, Gemini — ce sont des IRM cognitifs. Puissants. Mais inutiles sans diagnostic.
Quand un dirigeant me dit « on veut utiliser Claude », ma première réponse n'est jamais « bonne idée ». C'est : « pour résoudre quel problème ? »
Et dans 7 cas sur 10, il y a un silence.
Ce qui se passe quand on saute le diagnostic
Scénario classique. Le directeur général mandate l'IT pour « intégrer l'IA ». L'IT choisit un outil. On lance un POC. Trois mois plus tard, le POC fonctionne techniquement mais personne ne l'utilise. Pourquoi ? Parce qu'il résout un problème que personne n'avait.
J'ai vu un cabinet de conseil investir 80 000 € dans un chatbot interne. L'objectif : « faciliter l'accès à la documentation ». Le chatbot fonctionnait parfaitement. Réponses précises, temps de réponse rapide, interface propre.
Personne ne l'utilisait.
En creusant, on a découvert que le vrai problème n'était pas l'accès à la documentation. C'était que la documentation n'existait pas. Les consultants travaillaient depuis des modèles informels stockés sur des drives personnels. Le chatbot cherchait dans une base vide.
80 000 € pour indexer du vide.
Les 3 questions à poser avant de choisir un outil
Question 1 : Quel processus vous coûte le plus cher en temps ?
Pas en ressenti. En heures mesurables. Chronométrez une semaine type. Identifiez les 3 tâches qui mangent le plus de temps. C'est là que se cache votre premier gain.
Question 2 : Ce processus est-il répétitif et prévisible ?
L'IA excelle sur les tâches répétitives à forte volumétrie. Elle est médiocre sur les décisions stratégiques uniques. Si votre problème le plus coûteux est un problème de jugement humain, l'IA n'est pas la réponse.
Question 3 : Combien vous coûte l'inaction ?
Chiffrez le coût de ne rien faire. Pas en projection optimiste. En réalité mesurable. Si le processus vous coûte 200 heures par an et que vous ne faites rien, c'est 200 heures perdues chaque année. Mettez un prix dessus.
Si vous n'arrivez pas à répondre à ces trois questions, vous n'êtes pas prêt pour un outil IA. Vous êtes prêt pour un diagnostic.
L'outil vient en dernier
Dans un projet IA qui fonctionne, l'outil est le dernier choix. Pas le premier.
D'abord le diagnostic : quel problème, pour qui, combien ça coûte.
Ensuite la méthode : quelle approche, quelles données, quel périmètre.
Enfin l'outil : Claude, GPT, un modèle open source, ou parfois aucun outil IA du tout.
Parce que oui, parfois le diagnostic révèle que le problème est organisationnel. Pas technologique. Et la meilleure solution est un tableur bien structuré, pas un modèle de langage à 20 000 €/mois.
Vous êtes tenté par l'IA mais vous ne savez pas par où commencer ?